CONTROLE REGIONAL DE QUALITE - BACTERIOLOGIE 1999 – N° 3

 

FICHE TECHNIQUE : PROTEUS MIRABILIS

 

Espèce d'Entérobacté8e décrite depuis longtemps et bien connue des bactériologistes car elle est fréquemment rencontrée en pathologie humaine.

 

HABITAT

C'est une bactérie commensale de I'intestin de I'homme et des animaux.

 

POUVOIR PATHOGENE CHEZ L'HOMME

Infections urinaires communautaires ou nosocomiales. P. mirabilis grâce à son uréase puissante peut alcaliniser les urines et être responsable de lithiases. Ces lithiases se comportent comme du matériel étranger qui permet à I'infection de devenir chronique, entraînant ainsi une destruction progressive du parenchyme rénal.

Infections localisées surtout cutanées. Mais d'autres localisations sont possibles (abcès du cerveau, infections pleurales et péritonéales, infection de cathéter.....)

Infections des voies respiratoires surtout en milieu hospitalier : infections ORL et pneumopathies.

Septicémies et bactériémies.

 

PRELEVEMENTS

L'isolement de cette bactérie est possible dans les :

-         urines

-         pus divers

-         hémocultures

-         selles .........

 

CARACTERES BACTERIOLOGIOUES

-         Caractères morphologiques : Bacilles mobiles à Gram négatif.

-         Caractères culturaux :

Pas d'exigence particulière, P. mirabilis pousse bien sur milieux ordinaires (c'est une Entérobactérie) à 37°C.

Colonies grosses, non hémolytiques, envahissant la surface de la gélose au sang en ondes concentriques (cette propriété est liée a la mobilité exceptionnelle que lui confèrent plusieurs centaines de flagelles).

Sur BCP les colonies sont petites, transparentes en 24h, lactose -, ne formant pas de nappe car le milieu ne contient pas de NaCI.

Aéro-anaérobies.

-         Caractères enzymatiques et biochimiques

C'est une Entérobactérie : oxydase -, catalase +, glucose +, nitratase +

du groupe Proteus Providentia Morganella : lactose -, ONPG -, LDC -, TDA ou APP +

du genre Proteus : gaz. +, H2S +, gélatine +, urée +, mannitol -, citrate +

de I'espèce P. mirabilis : indole -, ODC +, maltose -, salicine -, esculine -.

Ces caractères biochimiques sont facilement mis en évidence sur les galeries miniaturisées

 

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

-         L'aspect morphologique, le Gram, les caractères culturaux font évoquer une Entérobactérie.

-         Les caractères TDA ou APP +, ONPG -, H2S + indiquent qu'il s'agit d'un Proteus.

-         Les caractères indole -, ODC +, maltose -, salicine -, esculine - différencient les espèces mirabilis de vulgaris (indole +, ODC , maltose +, salicine v, esculine v ) et penneri (indole -, ODC -, maltose +, salicine -, esculine-)

 

SENSIBILITE AUX ANTIBIOTIQUES

Proteus mirabilis a une résistance naturelle à colistine, cyclines (spécificité de I'espèce mirabilis) et furanes. Les autres antibiotiques testés sur les bacilles à Gram - type Entérobactéries  sont  habituellement  actifs  (b-lactamines,  aminosides,  quinolones, cotrimoxazole, chloramphénicol).

-         b-lactamines :

Toutes les b-lactamines sauf pénicilline G et M sont actives sur P. mirabilis : il est classé dans le groupe I des phénotypes de résistance.

I1 peut acquérir des résistances de nature plasmidique :

1.      pénicillinase de haut niveau

·        de type TEM: amoxicilline R, ticarcilline R, amoxicilline-acide clavulanique I, ticarcilline R, piperacilline-tazociIline S ou I, céfalotine R, céfamandole R

·        de type OXA ou carb : pénicillinase moins sensible aux inhibiteurs.

Le Comité de 1’Antibiogramme de la Société Française de Microbiologie (CA-SFM) recommande d’interpréter I un résultat S aux carbory et/ou aux uréido-pénicillines chez Protéus mirabilis R aux amino-pénicillines.

 

2.      b-lactamase à spectre étendu = BLSE.qui s'exprime souvent à bas niveau.

BLSE  = b-lactamase hydrolysant la plupart des b-lactamines mais pas I'imipénème et les céphamycines (ceux-ci peuvent être cependant inactives en présence d'un autre mécanisme de résistance).

I1 faut interpréter I ou R tout résultat S obtenu pour céfotaxime, ceftriaxone, ceftazidime, céfépime, cefpirome, céfixime, azthréonam.

Comment détecter une BLSE au laboratoire ?

·                                                  test de synergie : le plus simple à réaliser car on peut sans surcoût faire ce test pour chaque antibiogramme en positionnant judicieusement les disques d’antibiotiques. On constate une synergie entre le disque contenant un inhibiteur de b-lactamase et les disques de céfotaxime, ceftazidime, céfëpime ou cefpirome. II faut placer les disques à 4,5 cm (centre à centre) et non à 3 cm pour optimiser ce test chez Proteus mirabilis. Le CA-SFM recommande comme inhibiteur les disques d'amoxicilline-acide clavulanique ou de ticarcilline-acide clavulanique.  L'image de synergie a une forme  de  bouchon de champagne du côté de la C III G ou au milieu des 2 antibiotiques.

   Depuis mai 1999, il existe une détection possible grâce à des E-tests:« ESBL system »

·                                                  automates: les cartes Vitek disposent d'un test spécifique de recherche des BLSE de même que les systèmes API. Pour les cartes Microscan, le test spécifique n'est pas disponible et I'on suspectera une BLSE sur une élévation des CMI pour les C III G.

·                                                  résistances associées : sur le même plasmide + fréquemment (mais pas toujours) il existe des gênes de résistance aux aminosides par production d'une aminoside acétyl-transférase AAC 6' - I. La bactérie est alors résistante à tobramycine, nétylmicine, amikacine (cette résistance est parfois mal exprimée et le diamètre d'inhibition est grand). La gentamicine reste active.

il y a souvent des gènes codant pour la résistance aux sulfamides, triméthoprime.

 

-         Aminosides : naturellement actifs mais il existe des résistances acquises par des enzymes qui détoxifient I'antibiotique.

Résistance a :

1.      kanamycine seule

2.      gentamicine seule

3.      gentamicine, nétylmicine, tobramycine

4.      gentamicine, tobramycine

5.      nétylmicine, tobramycine, amikacine (AAC 6'-I)

 

Etant donnée I'épidémiologie actuelle, quand I’AAC-6'-I est présente chez P.mirabilis, il est conseillé de rechercher la présence d'une BLSE associée souvent difficile à mettre en évidence.

 

-         Quinolones : Acide nalidixique et Fluoroquinolones sont naturellement actifs.

I1 existe des résistances par mutation de cible de I'antibiotique : ADN gyrase. La résistance qui en découle est croisée pour toutes les quinolones mais son niveau d'expression peut varier pour chaque molécule.

4 phénotypes se rencontrent :

1.      quinolones de 1ère génération S donc S aux fluoroquinolones.

2.      quinolones de 1ère génération R : 3 cas

a)      péfloxacine S et donc S aux autres fluoroquinolones

b)      péfloxacine R ou I, ciprofloxacine S

c)      péfloxacine R, ciprofloxacine R.

La norfloxacine se répond comme la péfloxacine.

 

-         Cotrimoxazole : à tester surtout s'il y a une infection urinaire.

 

    Danielle CLAVE BACTERIOLOGIE RANGUEIL Novembre 1999

 

 

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